Comptabilité durable et comptabilité de management durable (Partie 1 de 2)

La comptabilité durable implique de comptabiliser les impacts financiers sur les activités à caractère environnementales et sociales. Elle doit aussi mesurer, analyser et communiquer les interactions entre les trois dimensions du développement durable, en plus de fournir les outils pour assister les entreprises à faire ressortir les coûts, risques et bénéfices. Pour ce faire, il est utile de recourir à différentes méthodes pour identifier, mesurer et gérer les dimensions du développement durable ainsi qu’à des systèmes de contrôle faisant appel à ces mesures. Je fais actuellement une revue de littérature concernant la mesure des éléments du développement durable, voici les principaux éléments importants que j'ai ressortis. Je les trouve particulièrement pertinents pour faire le lien entre les différents sujets traités dans ce blogue et une application plus pratique dans un cadre comptable. Le premier billet résume rapidement quelques méthodes pour bien classer les éléments importants dans une évaluation de la performance environnementale et sociale (PES) alors que le deuxième porte davantage sur les outils permettant de gérer la PES d'une entreprise.



La PES d’une entreprise n'est pas une tâche facile à effectuer. Il n’y a pas réellement de consensus sur les indicateurs et les mesures exactes à utiliser pour l'évaluer . On ne s’entend pas sur les définitions ni sur la mise en œuvre de ces concepts, autant dans la littérature comptable (principalement axée sur la mesure des impacts environnementaux plus tangibles comme les rejets toxiques ou de polluants, le non-respect de la législation…) que dans l’amélioration des produits suite à des considérations environnementales ou dans le respect des considérations des parties prenantes. La performance sociale quant à elle est souvent confondue avec les notions de responsabilité sociale ou de citoyen corporatif dans lesquelles on semble aussi inclure des notions de performance environnementale.

Un premier problème survient au niveau d'une uniformité des mesures et des classements. Les coûts et les économies ou bénéfices environnementaux et sociaux peuvent être classés et mesurés selon différentes méthodes. Comme il n'y a que peu de législation ou de normes concernant le classement et la mesure de ces coûts, chaque entreprise y va selon ses besoins et le contexte dans lequel il évolue.

Aussi, il est difficile pour un organisme externe d'évaluer la PES de différentes entreprises par manque d'accès aux données. Plusieurs fonctionnent par sondage, mais comme les gestionnaires d’entreprises sont inondés de sondages et de formulaires de toute sorte à remplir chaque année, ils sont portés à les ignorer, ce qui mène à un taux de réponse très faible ainsi qu’à une fiabilité et une exactitude douteuse de plusieurs indicateurs non-financiers, d’où l’importance d’avoir des systèmes de mesure les plus précis possibles.

Chez plusieurs auteurs, on fait une distinction entre les coûts qui surviennent pour réparer des dommages et ceux pour les prévenir. Ces coûts sont généralement classés en coûts internes (sur lesquels l’entreprise a le contrôle et dont elle est responsable) en opposition avec les coûts externes (dont l’entreprise n’est pas légalement responsable). Après quelques recherches, nous avons rassemblé plusieurs méthodes d’identification, de mesure et de contrôle des coûts qui ont été proposées. En voici quelques unes :

Coûts reliés à l’environnement

L’IFAC (2005) propose une division en six catégories :
Catégorie
Explication
Coûts du matériel des produits finis
· Achat des ressources et du matériel qui sera converti en produit fini, en sous produit ou en emballage
· Impacts sur l’environnement lors de l’assemblage,  l’extraction et de l’acheminement.
Coûts du matériel autre que lié aux produits finis
·  Achat de ressources et du matériel qui ne seront pas transformés en produits, qui deviendront des déchets ou des émissions
·  Probablement dans l’intérêt de l’entreprise d’utiliser le moins de ressources possible.
Coûts du contrôle des déchets et des émissions
·  Traitement, manutention et disposition des déchets.
Coûts de la prévention de la gestion de l’environnement
·  Achats verts
·  Gestion environnementale de la chaîne d’approvisionnement
·  Production plus propre
·  Système de panification ou de mesurage environnemental
·  Communication environnementale
Coûts liés à la R&D
·  Recherche et développement environnental
Coût des éléments moins tangibles

Coûts sociaux

Dans leur article, Igalens & Gond (2003) parlent des critères qu’utilise l’ARESE (Accompagner la REsponsabilité Sociale et l’Éthique) pour analyser la performance sociale et éthique des entreprises. Elle se base sur des interviews, des questionnaires et des données secondaires pour donner une cote aux entreprises par rapport aux parties prenantes. Elles classent ses résultats selon cinq critères : 
  1. Ressources humaines 
  2. Environnement
  3. Hygiène et sécurité
  4. Relation avec les clients et fournisseurs
  5. Relations avec les actionnaires
  6. Relations avec la société.

Coûts sociaux et liés à l’environnement

Jasch & Stasiškienė (2005) proposent une structure détaillée des coûts de gestion environnementale et sociale qui divise les coûts internes en deux catégories (coûts environnementaux et coûts sociaux) ayant chacun des sous catégories (ex : Eaux usés, déchets ou sécurité, formation/éducation). Les coûts pour chacune de ces sous-catégories sont ensuite répertoriés en six couches :
  1. Traitement
  2. Prévention
  3. Flux des matériaux
  4. Bénéfices
  5. Items intangibles
  6. Risques

Les recherches montrent qu’en classifiant les coûts de cette manière, on peut établir une relation avec d’autres indicateurs de performance financière. Par exemple, les coûts de traitement n’apportent aucun bénéfice tandis que les coûts de prévention évitent des pertes. Par contre, comme le notent Chatterji & Levine (2006), une quantité trop grande de mesures et une liberté à classer leurs efforts à leur guise peuvent porter certaines entreprises, moins performantes sur un point de vue durable, à établir des relations plus ou moins fiables et à mettre en évidence des catégories où elles semblent performantes en omettant celles où elles sont sous performantes.

Indicateurs éco-efficients

Certains dirigeants aiment mieux voir les données exprimées en termes financiers plutôt qu’en termes physiques (volume d’eau usées vs coût de l’eau usée). Les indicateurs éco-efficients expriment un indicateur financier (chiffre d’affaire, bénéfice…) sur une quantité d’éléments environnementaux (électricité, consommation de ressources, volume de déchets…) démontrant la relation entre la valeur du produit ou service en terme d’influence environnementale.

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